Mauvaise foi et réforme du lycée

Publié le par Pruine

Darcos est colère mon bon. Le ministre de l’Éducation Nationale veut relooker l'éducation nationale poussiéreuse à coup de tatane dans la fourmilière. Les manifs de lycéens et les mouvements syndicaux des profs ne semblent pas émouvoir le gouvernement.
Des études pour tous oui, mais si on le mérite.

Le bac doit changer pour permettre à de plus en plus de joyeux bacheliers d’entrer dans le cycle supérieur la gueule enfarinée. La fac récolte donc ce troupeau de jeunes plein d’espoir, même si elle n’a pas les moyens réels de former autant de monde.
Darcos ignore (volontairement) le fond du problème. Sa mission c’est d’augmenter le taux de réussite au bac et de changer le programme des cours. Il faut que la jeunesse soit mieux formée à affronter le monde d’aujourd’hui. Et pis c’est tout.
Le ministre sort l’artillerie lourde avec un retour aux vraies valeurs. Le jeune doit apprendre le sens moral et le goût du travail. « Travailler plus pour gagner plus » doit rentrer dans les crânes mous à coup de règle s’il le faut. Entre 2009 et 2012 (fin estimée du chantier de la réforme), ça risque d’être rock n’roll à l’école.
Grosse pression pour tous les lycéens qui ne savent pas à quelle sauce ils vont être mangés. Sauce « capitaliste » répondent les syndicats des profs (UNSA-Éducation) et des étudiants (UNEF). Ceux-ci craignent « une vision gestionnaire du système éducatif ».
En gros, le lycée serait géré comme une entreprise avec des obligations de résultats pour les élèves (braves bêtes), mais aussi pour les profs. Ces derniers vont peut-être devoir dire adieu à la sécurité de l’emploi, principal argument pour choisir ce boulot de fou.

Objectifs de la réforme du lycée de M. Darcos :
1.    Garantir la poursuite d'études dans l'enseignement supérieur.
Traduction : chaque nouveau diplômé du bac ne doit pas se vautrer sauvagement en 1ère année de fac, ça fait tâche.
2.    Assurer la réussite scolaire de tous les lycéens.
Traduction : éviter que Yacine redouble alors que François-Xavier a des notes de ouf. Genre tout le monde a le droit de piger les cours, même s’il est pauvre et dans un bahut de ZEP. Que du bonheur.
3.    Permettre à chaque élève de mieux choisir son orientation.
Traduction : Josette n’est pas obligée de faire un BEP d’esthéticienne si son truc c’est la couture. Elle a le droit de changer d’avis et de filière comme elle veut, si elle a le bol de tomber son un conseiller qui connaît son taf.
4.    Donner de nouvelles marges d'autonomie aux établissements pour qu’ils s’adaptent mieux aux particularités de son public.
Traduction : Kevin de Clichy-sous-Bois sera donc bien voleur comme prévu, et Jean-Michel de Neuilly pourra être dentiste. Tout va bien.

Vers un lycée capitaliste

Le bac doit devenir le premier grade de l’université, suivant les capacités des élèves. Autant dire que les plus nuls continueront d’être écartés des études générales pour éviter de mauvais pourcentages de réussite des lycées. Les lycées en effet, devront justifier de bons résultats pour recevoir l’argent nécessaire à leur fonctionnement. La logique capitaliste est en marche.
L’équation est simple : pour qu’il y ait des options sympas, des voyages scolaires, de la bonne bouffe à la cantoche et des locaux moins pourris, il ne faut pas qu’il y ait trop de mauvais élèves. Aux proviseurs de se débrouiller en proposant aux élèves en difficulté d’aller voir ailleurs : les filières professionnalisantes ou la cage d’escalier.
Pour ce qui est des problèmes d’amphis plein à craquer, Darcos botte en touche. La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche Valérie Pécresse, devra prendre le relais. Mais ça c’est une autre histoire.

PRATIQUE : La réforme du lycée en quelques points
1.    Bâtir un tronc commun pour tous les élèves de seconde, dans lequel on trouverait lettres, mathématiques, histoire-géographie, deux langues vivantes et sport.
2.    Découpage de l’enseignement en 3 parties : 
       -    Tronc commun pour 60% du temps de cours ;
       -    modules « exploratoires » pour 25% ;
       -    modules d’ « accompagnement » pour 15%.
3.    Découpage de l’année scolaire en deux semestres au lieu de trois trimestres ;
4.    Rendre le redoublement "anecdotique", alors qu'aujourd'hui 15 % des élèves de seconde redoublent chaque année ;
5.    Réduction du volume hebdomadaire de cours à 27 heures contre 28 à 35 heures  en moyenne actuellement ;
6.    Disparition des maths et histoire-géo du tronc commun en 1ère, alors que la philo pourra être prise en option ;
7.    Remplacement des filières classiques (S, L et ES) trop déséquilibrées par 4 « dominantes » (humanité et arts, sciences, sciences de la société, technologie) ;
8.    Entrée du droit dans le programme scolaire.
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