Histoire, justice et chansons

Publié le par Pruine

La justice, rendue par des hommes forcément faillibles, peut-elle être juste ? Hier ou aujourd'hui, des exemples répondent à notre place.

Le 3 octobre 1793, Marie-Antoinette comparaît devant le Tribunal révolutionnaire, mené par l'accusateur public Fouquier-Tinville. Si le procès de Louis XVI avait conservé quelques formes de procès équitable, ce n'est pas le cas de celui de la reine, qui entachera définitivement la Révolution Française (cf : l'opéra rock de Martin Circus).
Chanson du tiers état
Quatre questions sont posées au jury :
« 1. Est-il constant qu'il ait existé des manoeuvres et des intelligences avec les puissances étrangères et autres ennemis extérieurs de la République, les dites manoeuvres et des intelligences tendant à leur fournir des secours en argent, à leur donner l'entrée du territoire français et à leur faciliter le progrès de leurs armes ?
2. Marie-Antoinette d'Autriche (…) est-elle convaincue d'avoir coopéré à ces manoeuvres et d'avoir entretenu ces intelligences ?
3. Est-il constant qu'il ait existé un complot et une conspiration tendant à allumer la guerre civile à l'intérieur de la République ?
4. Marie-Antoinette est-elle convaincue d'avoir participé à ce complot et à cette conspiration ? »
Aux quatre questions, le jury répond « oui ».
Lorsque le jury rend son verdict, il n'existe aucune preuve de l'accusation de haute trahison que l'on impute à la reine. Le dossier est vide de toute pièce.

Marie-Antoinette est condamnée à mort pour haute trahison. Elle est exécutée tôt le  matin du 16 octobre, par crainte d'une émeute populaire. Elle écrit alors à Madame Élisabeth, la soeur de Louis XVI, envoyée peu de temps après à l'échafaud, puisque proche du roi.
Chanson de Marie-Antoinette
Quatre heures du matin,

C'est à vous ma soeur que j'écris pour la dernière fois, je viens d'être condamnée, non pas à une mort honteuse, elle ne l'est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère ; comme lui innocente, j'espère montrer la même fermeté que lui dans ces derniers moment. Je suis calme comme on l'est quand la conscience ne reproche rien. J'ai un profond regret d'abandonner mes pauvres enfants; vous savez que je n'existais que pour eux et vous ma pauvre et tendre soeur, vous qui avez par votre amitié tout sacrifié pour être avec nous. Dans quelle position je vous laisse!
J'ai appris par le plaidoyer même du procès que ma fille était séparée de vous. Hélas! La pauvre enfant je n'ose pas lui écrire, elle ne recevrait pas ma lettre. Je ne sais même pas si celle-ci vous parviendra. Recevez ici pour eux deux ma bénédiction. J'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous et jouir en entier de vos tendres soins. Qu'ils pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer, que les principes et l'exécution exacte de ces derniers sont la première base de la vie, que leur amitié et leur confiance mutuelle en feront le bonheur. Que ma fille sente qu'à l'âge qu'elle a, elle doit toujours aider son frère par les conseils que l'expérience qu'elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer. Que mon fils à son tour rende à sa soeur tous les soins, les services que l'amitié peut inspirer. Qu'ils sentent enfin tous deux que, dans quelque position qu'ils pourront se trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union. Qu'ils prennent exemple de nous. Combien dans nos malheurs notre amitié nous a donné de consolations, et dans le bonheur on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami. Et où en trouver de plus tendre, de plus cher que dans sa propre famille? Que mon fils n'oublie jamais les derniers mots de son père que je lui répète expressément : qu'il ne cherche jamais à venger notre mort.
J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon coeur. Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine. Pardonnez-lui ma chère soeur, pensez qu'à l'âge qu'il a, et combien il est fragile de faire dire à un enfant ce qu'on veut, et même ce qu'il ne comprend pas. Un jour viendra, je l'espère, où il ne sentira que mieux tout le prix de vos bontés et de votre tendresse pour tous les deux. Il me reste à vous confier encore mes dernières pensées. J'aurais voulu les écrire dès le commencement du procès, mais outre qu'on ne me laissait pas écrire, la marche en a été si rapide que je n'en aurais pas eu le temps.
Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où j'ai été élevée et que j'ai toujours professée. N'ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s'il existe ici encore des prêtres de cette religion, et même le lieu où je suis les exposeraient trop s'ils y entraient une fois. Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu commettre depuis que j'existe. J'espère que dans sa bonté il voudra bien recevoir mes derniers voeux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon âme dans sa miséricorde. Je demande pardon à tous ceux que je connais, et à vous ma soeur en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'aurais pu vous causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis ici adieu à mes tantes et tous mes frères et soeurs. J'avais des amis, l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peines sont un de mes plus grands regrets que j'emporte en mourrant. Qu'ils sachent du moins que jusqu'à mes derniers moments j'ai pensé à eux.
Adieu ma bonne et tendre soeur, puisse cette lettre vous arriver. Pensez toujours à moi. Je vous embrasse de tout mon coeur, ainsi que ces pauvres et chers enfants. Mon dieu qu'il est déchirant de les quitter pour toujours. Adieu, adieu, je ne vais plus m'occuper que de mes devoirs spirituels. Comme je ne suis pas libre de mes actions, on m'amènera peut-être un prêtre, mais je proteste ici. Que je ne lui diras pas un mot, et que je le traiterai comme un être étranger.
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Publié dans Mond... ieu

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B
chais pas si t'as lu la bio de zweig mais elle déchire tout<br /> bisous toi
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