Rhétorique mathématique
Les politiques sont shootés aux chiffres. Les nombres, les pourcentages, les statistiques définissent une action, déterminent un boulot bien fait. Pour qui, pour quoi ? C'est pas important, puisqu'on vous dit qu'il est fait. La preuve : des mots ? Non, des chiffres.
Philosophiquement, la rhétorique est l'art de bien parler, l'éloquence, l'emphase. Politiquement, c'est une manière de bien enrober son discours pour qu'il plaise, persuade. Bref, pour qu'il glisse mieux et vous enfume. De nos jours, l'art de la parole est une arme politique vide de sens tant le discours utilisé s'est appauvri.
Exemples : "concrètement", associé au fidèle "clairement", tous deux TOUJOURS précédés de "trrrrès", le tout en début de phrase. "Trrrrrès concrétement M. Machin, bla bla bla..." M. Machin croit naïvement que le gars va répondre à sa question, alors que l'autre le trimballe où il veut.
Autre exemple hyper à la mode, "globalement" ou "de manière globale". Le public en transe peut croire qu'on va lui révéler l'ultime vérité sur le sexe d'Amanda Lear, alors qu'il va juste savoir que "ce n'est pas une récession, mais une croissance négative". Gare à toi Sylvain Mirouf.
Malheureusement, ces discours fleuris n'abusant plus (langue de bois) et notre chef NicOne (prononcer à l'anglaise hein!) ayant baissé le niveau pour pouvoir se faire comprendre du petit peuple ("Casse-toi pauv' con"), il fallait s'adapter.
La nouvelle arme est mathématique
Petit joueur du jour, Yazid Sebeg (commissaire à la diversité et à l'égalité des chances) et la mesure des minorités visibles en entreprise qu'il propose. Polémique sur un fichage de populations qui en rappellent d'autres (l'étoile jaune, ndlr).
Une question s'impose : Comment peut-on mesurer sans compter, ni trier ? Et les naturalisés français, seront-ils mesurés en tant que français ou leurs nationalités d'origine ? Pas trrrrrés clair.
Mais hop, la politique du chiffre vient à sa rescousse. Il ajoute : "j'ai proposé la création de 7500 places d'internat sur 5 ans" et "des classes préparatoires technologiques pour une école plus inclusive". Wahou, ça en met plein les yeux. En fait, 7500 places c'est peanuts et les classes préparatoires technologiques existent déjà.
Mon royaume pour un chiffre
Les ministres de l'intérieur restent quand même les meilleurs à ce jeu de la politique chiffrée.
N.S en 2002 face aux autorités policières : "Vous devrez fixer chaque année des objectifs quantifiés d’amélioration de votre efficacité, en termes de réduction de la criminalité, d’augmentation du taux d’élucidation, de répartition de vos moyens d’action, de formation(…) Des indicateurs mesureront les moyens employés et les résultats obtenus."
M.A.M en 2008 face aux préfets, expliquant « les objectifs 2008 en matière de sécurité intérieure » : «Votre action devra se traduire en 2008, demande-t-elle, par une nouvelle baisse d’au moins 100.000 faits de la délinquance générale, soit 3%. La délinquance de proximité devra diminuer d’au moins 80.000 faits, soit 5%.»
L'État est donc bien une entreprise à part entière, la politique devient marketing, business. À cela s'ajoute les chiffres de reconduites à la frontières, le nombre de bandes de jeunes dangereuses, de pirates de l'Internet, le taux de mortalité de la sécurité routière, le pourcentage d'obèses, de cancers, de groupuscules d'ultra-gauche... Nous ne savons pas toujours d'où ils tiennent ces chiffres. Peu importe, ils parlent d'eux-mêmes et chacun justifie une loi, une réforme. Mon gamin fera un bac S.
Philosophiquement, la rhétorique est l'art de bien parler, l'éloquence, l'emphase. Politiquement, c'est une manière de bien enrober son discours pour qu'il plaise, persuade. Bref, pour qu'il glisse mieux et vous enfume. De nos jours, l'art de la parole est une arme politique vide de sens tant le discours utilisé s'est appauvri.
Exemples : "concrètement", associé au fidèle "clairement", tous deux TOUJOURS précédés de "trrrrès", le tout en début de phrase. "Trrrrrès concrétement M. Machin, bla bla bla..." M. Machin croit naïvement que le gars va répondre à sa question, alors que l'autre le trimballe où il veut.
Autre exemple hyper à la mode, "globalement" ou "de manière globale". Le public en transe peut croire qu'on va lui révéler l'ultime vérité sur le sexe d'Amanda Lear, alors qu'il va juste savoir que "ce n'est pas une récession, mais une croissance négative". Gare à toi Sylvain Mirouf.
Malheureusement, ces discours fleuris n'abusant plus (langue de bois) et notre chef NicOne (prononcer à l'anglaise hein!) ayant baissé le niveau pour pouvoir se faire comprendre du petit peuple ("Casse-toi pauv' con"), il fallait s'adapter.
La nouvelle arme est mathématiquePetit joueur du jour, Yazid Sebeg (commissaire à la diversité et à l'égalité des chances) et la mesure des minorités visibles en entreprise qu'il propose. Polémique sur un fichage de populations qui en rappellent d'autres (l'étoile jaune, ndlr).
Il explique sur France Inter : "La société a changé et on a du mal à admettre qu'il y a des discriminations dans notre société (...) Il ne s'agit pas de chiffrer, de ficher, il s'agit d'avoir des instruments qui permettent de mesurer l'état des discriminations, de les caractériser et de mesurer les évolutions".
Mais hop, la politique du chiffre vient à sa rescousse. Il ajoute : "j'ai proposé la création de 7500 places d'internat sur 5 ans" et "des classes préparatoires technologiques pour une école plus inclusive". Wahou, ça en met plein les yeux. En fait, 7500 places c'est peanuts et les classes préparatoires technologiques existent déjà.
Mon royaume pour un chiffre
Les ministres de l'intérieur restent quand même les meilleurs à ce jeu de la politique chiffrée.
N.S en 2002 face aux autorités policières : "Vous devrez fixer chaque année des objectifs quantifiés d’amélioration de votre efficacité, en termes de réduction de la criminalité, d’augmentation du taux d’élucidation, de répartition de vos moyens d’action, de formation(…) Des indicateurs mesureront les moyens employés et les résultats obtenus."
M.A.M en 2008 face aux préfets, expliquant « les objectifs 2008 en matière de sécurité intérieure » : «Votre action devra se traduire en 2008, demande-t-elle, par une nouvelle baisse d’au moins 100.000 faits de la délinquance générale, soit 3%. La délinquance de proximité devra diminuer d’au moins 80.000 faits, soit 5%.»
L'État est donc bien une entreprise à part entière, la politique devient marketing, business. À cela s'ajoute les chiffres de reconduites à la frontières, le nombre de bandes de jeunes dangereuses, de pirates de l'Internet, le taux de mortalité de la sécurité routière, le pourcentage d'obèses, de cancers, de groupuscules d'ultra-gauche... Nous ne savons pas toujours d'où ils tiennent ces chiffres. Peu importe, ils parlent d'eux-mêmes et chacun justifie une loi, une réforme. Mon gamin fera un bac S.
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