Q.I 2.0

Publié le par Pruine

Fenêtre ouverte sur le monde, source inépuisable d'info, de rencontres, d'images, le formidable outil culturel qu'est Internet est aussi un assassin de neurones. Comme TF1.

L'humain tripote amoureusement son clavier d'ordi plusieurs heures par jour. Cet humain là, plutôt blanc, assez riche, vivant en ville, est en train de devenir con. Et pas que virtuellement. Connecté à Facebook, gazouillant sur Twitter, bouffant des news sur Google ou du buzz sur Youtube, l'internaute est camé jusqu'à l'os.
Dans son bouquin Le Culte de l'amateur : comment Internet détruit notre culture, Andrew Keen flingue "la révolution du Web 2.0". Celui qui a commencé sa carrière à la Silicon Valley en lançant le premier site de musique en ligne
dénonce "le Web participatif". "Il favorise les observations superficielles au détriment de l’analyse en profondeur, les opinions à l’emporte-pièce au détriment du jugement réfléchi". Internet serait le royaume du toujours plus haut, plus vite, plus vide.
Par ailleurs, dans un point de vue intitulé "Est-ce que Google nous rend idiot ?", Nicholas Carr (écrivain américain spécialiste en nouvelles technologies) descend l’impact qu’a Internet sur nos capacités de concentration.  "Ces dernières années, j’ai eu la désagréable impression que quelqu’un, ou quelque chose, bricolait mon cerveau, en reconnectait les circuits neuronaux, reprogrammait ma mémoire. Mon esprit ne disparaît pas, je n’irai pas jusque là, mais il est en train de changer." Plus loin, il ajoute : "Mon esprit attend les informations de la façon dont le net les distribue. La lecture profonde, qui était auparavant naturelle, est devenue une lutte". Peut-être est-ce pour ça que nous surfons simplement sur les .com plutôt que de plonger dedans.

"Internet m'a tuer"

Keen et Carr ne sont pas des cas à part.
Le connecté est par essence infidèle. Il passe de lien en lien, survole et clique ailleurs sans complexe. Une étude conduite par des spécialistes de l'université de Londres a démontré "une forme d'activité d'écrémage" des internautes. En surveillant l'activité de deux sites fournissant un accès à des sources écrites, les chercheurs ont observé un comportement prédominant qu'ils ont résumé ainsi : "Ils sautent d’une source à une autre et reviennent rarement à une source qu’ils ont déjà visitée. Il semblerait presque qu’ils vont en ligne pour éviter de lire de manière traditionnelle." Un peu feignasse quand même.
Alors oui, on lit plus que dans les années 70/80, mais moins bien. Ok, Internet est un super pote à qui on peut tout demander, mais cette utilisation à outrance déforme notre mode de pensée. Le cerveau mute en fonction des habitudes de lecture. De nos jours, le goût immodéré du zapping, la course pour l'actu en temps réel changent irrémédiablement nos liaisons neuronales. Bye bye concentration, hello distraction.
Comme Nietzsche, qui à l'époque, quand sa vue s'est détériorée, a utilisé une machine à écrire, l'internaute s'est aujourd'hui adaptée à sa béquille technologique. Dès l'acquisition de son appareil, Nietzsche a inconsciemment fait évoluer son style d'écriture vers plus de concision et de brièveté. En s'en rendant compte, le philosophe allemand a dit : “nos outils d’écriture participent à l’éclosion de nos pensées”. Que cela soit un bien ou un mal, on s'en fout. Il faut déjà en avoir conscience et se méfier de l'affaiblissement possible de notre temps de cerveau disponible. Certain pourrait l'utiliser contre nous. Comme TF1.

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Publié dans Et neeeeerd !!

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C
Bravo pour cet article.<br /> Je me demande cependant si l'on va vraiment, à terme, vers 1984 - ou, si la pensée n'est muselée que par son expression, que celle-ci soit orale ou écrite, si nos capacités à faire du lien, à nouer des liens, ne vont pas continuer/commencer* à se décupler. Et si être intelligent c'était aussi laisser sa pensée faire des sauts, des bonds, des zaps prodigieux sans logique apparente ?
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