L’urbanisme politique
Le mobilier urbain modèle nos comportements dans les espaces dits publics.
Pour se rencontrer, s’asseoir ou discuter, il faut un urbanisme adapté c’est évident. Pourquoi diantre la qualité principale de l'homme des villes en quête de repos doit donc être la souplesse ?

Dans les rues de Paris, le design urbain s’amuse avec nos popotins. Le design, science de l’objet fonctionnel, doit faire correspondre l’idée de l’esthétisme et du confort. Normalement.
À chaque coin de rue, l’aménagement du mobilier urbain surprend. Pour exemple, ces piques en métal d’un goût douteux situés devant des vitrines de banques ou de magasins de luxe. Ces « piques à humains », comme les piques à pigeons protégeant les monuments, empêchent les corps d’obstruer la vision des marchandises exposées. Ceux qui osent encore s’y asseoir deviennent de véritables fakirs de l’espace public.
Autre exemple, ces sièges pudiquement appelés « assis/debout » créés par différentes agences de design pour le métro parisien. Censés répondre aux attentes des nouveaux « nomades urbains », ces sièges hauts, constitués de deux barres, servent donc à l’appui éphémère. Les stations sont devenues de simples lieux d’étape.
Derrière ce discours publicitaire se cache la réalité du cahier des charges de ces bancs : empêcher la position couchée ou simplement stagnante. On est loin du vrai nom de ce type de siège, « miséricorde ». Un designer de la RATP se flatte : « On offre des sièges individuels, on reconnaît l’individu, la personne, le client».
Derrière ces propos positifs se cachent des dispositifs sécuritaires : individualiser l’usager c’est aussi l’isoler des autres par des accoudoirs, par la forme en coque du siège, le séparer de son voisin en espaçant de plus en plus les sièges. Plus de réunions improvisées, plus de flirts sur les bancs publics : on s’assoit seul, et surtout on ne s’attarde pas.
Prévention situationnelle
Cette stratégie d’urbanisme sélectif, voire hygiénique, a quelques courageux détracteurs à Paris et ailleurs.
Fin décembre 2007, un collectif de SDF s’est manifesté à Toulouse contre l’ajout de barre de métal entravant les bancs de la Place Occitane. La 1ère adjointe au maire de l’époque, Françoise de Veyrinas s’était aussitôt exprimée : « Les bancs sont faits pour s’asseoir. Le domaine public est à tout le monde, il ne peut être confisqué. » Ben si apparemment.
À Paris, un artiste plasticien membre du collectif "Ne pas plier", Gilles Paté, travaille depuis quelques années à la création d’espace civique en réaction à « la planification sélective de l’espace urbain ». Urbaniste de formation, ce jeune homme est le réalisateur d’un court métrage choc « le repos du fakir ». Produit par Canal Marches, association créée pour une expression artistique des sans voix, ce film montre la difficulté d’un homme sans domicile à se coucher sur les installations savantes du métro parisien. Pour Gilles Paté, il est évident que « l’urbanisation des villes génère des enclaves d’exclusion ».
Jean-Pierre Garnier, chercheur au CNRS et auteur d’un livre évoquant un « urbanisme politique » selon ses termes, parle également de prévention situationnelle de la ville. Il rajoute d’ailleurs, paraphrasant Nan Ellin, « la forme suit la frousse et vice-versa ».
Et dire que le design est censé améliorer la vie. Il n’y a donc qu’à sortir de chez soi pour voir que l’art, et l’homme qui le pratique, peut le meilleur comme le pire. Et pour les SDF que ce mobilier vise clairement, la situation est à dormir debout.
Pour se rencontrer, s’asseoir ou discuter, il faut un urbanisme adapté c’est évident. Pourquoi diantre la qualité principale de l'homme des villes en quête de repos doit donc être la souplesse ?

À chaque coin de rue, l’aménagement du mobilier urbain surprend. Pour exemple, ces piques en métal d’un goût douteux situés devant des vitrines de banques ou de magasins de luxe. Ces « piques à humains », comme les piques à pigeons protégeant les monuments, empêchent les corps d’obstruer la vision des marchandises exposées. Ceux qui osent encore s’y asseoir deviennent de véritables fakirs de l’espace public.
Autre exemple, ces sièges pudiquement appelés « assis/debout » créés par différentes agences de design pour le métro parisien. Censés répondre aux attentes des nouveaux « nomades urbains », ces sièges hauts, constitués de deux barres, servent donc à l’appui éphémère. Les stations sont devenues de simples lieux d’étape.
Derrière ce discours publicitaire se cache la réalité du cahier des charges de ces bancs : empêcher la position couchée ou simplement stagnante. On est loin du vrai nom de ce type de siège, « miséricorde ». Un designer de la RATP se flatte : « On offre des sièges individuels, on reconnaît l’individu, la personne, le client».
Derrière ces propos positifs se cachent des dispositifs sécuritaires : individualiser l’usager c’est aussi l’isoler des autres par des accoudoirs, par la forme en coque du siège, le séparer de son voisin en espaçant de plus en plus les sièges. Plus de réunions improvisées, plus de flirts sur les bancs publics : on s’assoit seul, et surtout on ne s’attarde pas.
Prévention situationnelle
Cette stratégie d’urbanisme sélectif, voire hygiénique, a quelques courageux détracteurs à Paris et ailleurs.
Fin décembre 2007, un collectif de SDF s’est manifesté à Toulouse contre l’ajout de barre de métal entravant les bancs de la Place Occitane. La 1ère adjointe au maire de l’époque, Françoise de Veyrinas s’était aussitôt exprimée : « Les bancs sont faits pour s’asseoir. Le domaine public est à tout le monde, il ne peut être confisqué. » Ben si apparemment.
À Paris, un artiste plasticien membre du collectif "Ne pas plier", Gilles Paté, travaille depuis quelques années à la création d’espace civique en réaction à « la planification sélective de l’espace urbain ». Urbaniste de formation, ce jeune homme est le réalisateur d’un court métrage choc « le repos du fakir ». Produit par Canal Marches, association créée pour une expression artistique des sans voix, ce film montre la difficulté d’un homme sans domicile à se coucher sur les installations savantes du métro parisien. Pour Gilles Paté, il est évident que « l’urbanisation des villes génère des enclaves d’exclusion ».
Jean-Pierre Garnier, chercheur au CNRS et auteur d’un livre évoquant un « urbanisme politique » selon ses termes, parle également de prévention situationnelle de la ville. Il rajoute d’ailleurs, paraphrasant Nan Ellin, « la forme suit la frousse et vice-versa ».
Et dire que le design est censé améliorer la vie. Il n’y a donc qu’à sortir de chez soi pour voir que l’art, et l’homme qui le pratique, peut le meilleur comme le pire. Et pour les SDF que ce mobilier vise clairement, la situation est à dormir debout.
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