Coupat coupable ?
La question de la culpabilité de Julien Coupat, en détention depuis le 15 novembre, désintéresse. Après plus de 100 jours de captivité, il est pourtant le dernier du groupe des 9 interpellés d'ultra-gauche de Tarnac derrière les barreaux. Vilain méchant ou rêveur fou ?
Le 28 février et pour la quatrième fois le prétendu « leader » d'une « cellule invisible » (selon le parquet) demandait sa remise en liberté sous contrôle judiciaire. Et alors que cette nouvelle demande de remise en liberté était en cours, le parquet de Paris avait pris des réquisitions de maintien en détention, « au vu des éléments du dossier ». Me Terrel, avocate de Julien Coupat, s’insurge : « Avant même la décision du juge des libertés et de la détention (JLD), le parquet a annoncé qu’il s’opposerait à la demande. J’ai été très surprise, ce n’est pas habituel. C’est une pression politique supplémentaire. »
Vendredi 6 mars, la cour d’appel devra déterminer si le dernier rejet par le JLD est fondé, alors qu’un autre magistrat, dessaisis depuis, avait jugé Coupat libérable le 19 décembre 2008.
Chef présumé d'un gang terroriste de la Corrèze, Julien Coupat aurait participé au sabotage des caténaires de la SNCF. Plusieurs de ces ensembles de conducteurs en bronze et de fils de contact servant à l'alimentation des trains ont été abimés à l'aide de crochets métalliques en Moselle le 26 octobre, puis dans le limousin, l'Oise et l'Yonne le 7 novembre.
Le 11 novembre, une centaine de policiers encagoulés débarquent dans une ferme de Tarnac, où ils arrêtent neuf sympathisants libertaires. Julien et ses amis sont appréciés par tout le monde et la descente policière fracassante surprend. Les petits jeunes sont suspectés d'« association de malfaiteur en relation avec une entreprise terroriste. » C'est la fête au village. Comment en est-on arrivé là ?
Preuve par 9
L'enquête commence le 31 janvier 2008 à la frontière entre les USA et le Canada. La gendarmerie royale canadienne découvre un sac à dos dans une voiture abandonnée. Dedans, la copie du permis de conduire d'un français, Julien Coupat, entré illégalement aux États-Unis avec son amie Yildune Lévy. Des notes sur une réunion anarchiste organisée du 10 au 15 janvier à New-York sont également trouvées avec quelques photos de Times Square à Manhattan, où le 6 mars une grenade endommage le centre de recrutement de l'armée US. Les gendarmes font le rapprochement avec le sac trouvé 2 mois plus tôt et appellent Paris.
En avril, le parquet lance donc une enquête préliminaire pour « association de malfaiteur » confiée à la sous-direction antiterroriste (Sdat) de la police judiciaire et la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI).
Dans le cadre de ces investigations, le soir du 7 novembre la police suit la mercedes de Coupat et Lévy. Ceux-ci pourraient s'attaquer au convoi « Castor » transportant des déchets nucléaires vers l'Allemagne. Selon le rapport de surveillance, le couple semble méfiant. Sur la route, ils s'arrêtent et jettent dans une poubelle un emballage de lampe frontale, des guides du réseau SNCF et des horaires de TGV.
À 4 heures du matin, la mercedes stationne vingt minutes à Dhuisy (en Seine et Marne) près d'une voie ferroviaire, puis repart. Les policiers n'observent rien d'anormal, mais ne vérifient pas les caténaires. À 5 heures, le premier train passe dans une gerbe d'étincelle. Un fer à béton a endommagé durablement les câbles. Au même moment, les flics apprennent que trois actions similaires ont eu lieu dans l'Oise et l'Yonne. Panique. Des milliers de voyageurs se retrouvent comme deux ronds de flanc sans trains.
Pour le ministère de l'Intérieur, aucun doute. Les saboteurs et leur chef sont connus. Les 9 de Tarnac sont arrêtés dans la foulée. Au 15 décembre, seul Coupat et sa compagne restent en détention provisoire. Yildune sera libérée le 16 janvier 2009, mais sans Julien.
Terroriste ou idéaliste ?
Le jeune homme a beaucoup voyagé dernièrement (New York, Isola San Giorgio (Italie), pour un forum sur l'écologie en 2004, ou Thessalonique (Grèce), en septembre dernier) et est très impliqué dans les manifs pour les sans-papiers et contre le fichage génétique. Il est également diplômé de l'école de commerce l'Essec, donc plutôt considéré comme tête pensante de son groupe d'amis.
D'après l'arrêt de la chambre de l'instruction de Paris, « Julien Coupat oeuvrait comme un véritable stratège de l'émeute ». Toujours selon ce document inédit, un témoin resté anonyme décrit Coupat comme « manipulateur, appelant au renversement de l'Etat, la vie humaine étant parfois considérée comme inférieure au combat politique ». Des accusations contestées par son comité de soutien, mais qui ont justifié l'ouverture de l'instruction pour le parquet et l'antiterrorisme français.
Depuis, ce témoin est largement remis en cause. En effet, Médiapart a révélé que l'homme a été condamné récemment par un tribunal pour « dénonciation d'infractions imaginaires ». Il avait inventé des faits faisant croire que l'on en voulait à sa vie.
Cependant, d'après Médiapart toujours, le ministère public n'a pas évoqué ses déclarations lors de l'examen des demandes de remises en liberté, toutes rejetées.
De la politique en toute chose
Pour Me Terrel, « il n’y a pas de nouveaux éléments, au contraire ». Le témoin sous X serait un mythomane et les inculpés auraient « éclaircis de façon limpide leurs déclarations » faites en garde à vue. Ils ne sont plus placés sous contrôle judiciaire que pour « association de malfaiteurs » et non « destruction » comme Julien. « Si l’enquête n’avance pas, Julien Coupat n’y est pour rien ! » renchérit l'avocate du jeune homme.
Le député de l'Isère, M. André Vallini, ancien avocat qui a récemment démissionné de ses fonctions de secrétaire national du PS à la justice, suit l’affaire Julien Coupat de près : « MAM s’est fourvoyée. Je m’attends à un fiasco politico-judiciaire, la présomption d’innocence est bafouée. »
Depuis son arrivée Place Beauvau, Michèle Alliot-Marie s'inquiète en effet beaucoup de l'effondrement du Parti communiste. Cet affaiblissement ouvre, selon elle, « la voie à des revendications moins organisées et plus violentes ». Et de cette peur, le groupe d'ultra-gauche de Tarnac pourrait être un exemple concret.
Dans le cadre d'une politique sécuritaire à tout-va, les risques encourus par les usagers des trains associés aux impératifs économiques de la SNCF ont poussé le ministère de l'Intérieur à répondre vite et fort. Il existe pourtant une grande différence entre vitesse et précipitation, même pour ceux qui nous dirigent. Ainsi, les maigres preuves obtenues resteront des réponses partielles.
Un peu léger lorsque l'on pense que Julien Coupat est mis en examen pour « direction d’une entreprise terroriste et destructions en réunion à visée terroriste ». Une incrimination criminelle passible de 20 ans de prison.
Si vous souhaitez écrire à Julien Coupat, voici son adresse :
Le 28 février et pour la quatrième fois le prétendu « leader » d'une « cellule invisible » (selon le parquet) demandait sa remise en liberté sous contrôle judiciaire. Et alors que cette nouvelle demande de remise en liberté était en cours, le parquet de Paris avait pris des réquisitions de maintien en détention, « au vu des éléments du dossier ». Me Terrel, avocate de Julien Coupat, s’insurge : « Avant même la décision du juge des libertés et de la détention (JLD), le parquet a annoncé qu’il s’opposerait à la demande. J’ai été très surprise, ce n’est pas habituel. C’est une pression politique supplémentaire. »Vendredi 6 mars, la cour d’appel devra déterminer si le dernier rejet par le JLD est fondé, alors qu’un autre magistrat, dessaisis depuis, avait jugé Coupat libérable le 19 décembre 2008.
Chef présumé d'un gang terroriste de la Corrèze, Julien Coupat aurait participé au sabotage des caténaires de la SNCF. Plusieurs de ces ensembles de conducteurs en bronze et de fils de contact servant à l'alimentation des trains ont été abimés à l'aide de crochets métalliques en Moselle le 26 octobre, puis dans le limousin, l'Oise et l'Yonne le 7 novembre.
Le 11 novembre, une centaine de policiers encagoulés débarquent dans une ferme de Tarnac, où ils arrêtent neuf sympathisants libertaires. Julien et ses amis sont appréciés par tout le monde et la descente policière fracassante surprend. Les petits jeunes sont suspectés d'« association de malfaiteur en relation avec une entreprise terroriste. » C'est la fête au village. Comment en est-on arrivé là ?
Preuve par 9
L'enquête commence le 31 janvier 2008 à la frontière entre les USA et le Canada. La gendarmerie royale canadienne découvre un sac à dos dans une voiture abandonnée. Dedans, la copie du permis de conduire d'un français, Julien Coupat, entré illégalement aux États-Unis avec son amie Yildune Lévy. Des notes sur une réunion anarchiste organisée du 10 au 15 janvier à New-York sont également trouvées avec quelques photos de Times Square à Manhattan, où le 6 mars une grenade endommage le centre de recrutement de l'armée US. Les gendarmes font le rapprochement avec le sac trouvé 2 mois plus tôt et appellent Paris.
En avril, le parquet lance donc une enquête préliminaire pour « association de malfaiteur » confiée à la sous-direction antiterroriste (Sdat) de la police judiciaire et la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI).
Dans le cadre de ces investigations, le soir du 7 novembre la police suit la mercedes de Coupat et Lévy. Ceux-ci pourraient s'attaquer au convoi « Castor » transportant des déchets nucléaires vers l'Allemagne. Selon le rapport de surveillance, le couple semble méfiant. Sur la route, ils s'arrêtent et jettent dans une poubelle un emballage de lampe frontale, des guides du réseau SNCF et des horaires de TGV.
À 4 heures du matin, la mercedes stationne vingt minutes à Dhuisy (en Seine et Marne) près d'une voie ferroviaire, puis repart. Les policiers n'observent rien d'anormal, mais ne vérifient pas les caténaires. À 5 heures, le premier train passe dans une gerbe d'étincelle. Un fer à béton a endommagé durablement les câbles. Au même moment, les flics apprennent que trois actions similaires ont eu lieu dans l'Oise et l'Yonne. Panique. Des milliers de voyageurs se retrouvent comme deux ronds de flanc sans trains.
Pour le ministère de l'Intérieur, aucun doute. Les saboteurs et leur chef sont connus. Les 9 de Tarnac sont arrêtés dans la foulée. Au 15 décembre, seul Coupat et sa compagne restent en détention provisoire. Yildune sera libérée le 16 janvier 2009, mais sans Julien.
Terroriste ou idéaliste ?
Le jeune homme a beaucoup voyagé dernièrement (New York, Isola San Giorgio (Italie), pour un forum sur l'écologie en 2004, ou Thessalonique (Grèce), en septembre dernier) et est très impliqué dans les manifs pour les sans-papiers et contre le fichage génétique. Il est également diplômé de l'école de commerce l'Essec, donc plutôt considéré comme tête pensante de son groupe d'amis.
D'après l'arrêt de la chambre de l'instruction de Paris, « Julien Coupat oeuvrait comme un véritable stratège de l'émeute ». Toujours selon ce document inédit, un témoin resté anonyme décrit Coupat comme « manipulateur, appelant au renversement de l'Etat, la vie humaine étant parfois considérée comme inférieure au combat politique ». Des accusations contestées par son comité de soutien, mais qui ont justifié l'ouverture de l'instruction pour le parquet et l'antiterrorisme français.
Depuis, ce témoin est largement remis en cause. En effet, Médiapart a révélé que l'homme a été condamné récemment par un tribunal pour « dénonciation d'infractions imaginaires ». Il avait inventé des faits faisant croire que l'on en voulait à sa vie.
Cependant, d'après Médiapart toujours, le ministère public n'a pas évoqué ses déclarations lors de l'examen des demandes de remises en liberté, toutes rejetées.
De la politique en toute chose
Pour Me Terrel, « il n’y a pas de nouveaux éléments, au contraire ». Le témoin sous X serait un mythomane et les inculpés auraient « éclaircis de façon limpide leurs déclarations » faites en garde à vue. Ils ne sont plus placés sous contrôle judiciaire que pour « association de malfaiteurs » et non « destruction » comme Julien. « Si l’enquête n’avance pas, Julien Coupat n’y est pour rien ! » renchérit l'avocate du jeune homme.Le député de l'Isère, M. André Vallini, ancien avocat qui a récemment démissionné de ses fonctions de secrétaire national du PS à la justice, suit l’affaire Julien Coupat de près : « MAM s’est fourvoyée. Je m’attends à un fiasco politico-judiciaire, la présomption d’innocence est bafouée. »
Depuis son arrivée Place Beauvau, Michèle Alliot-Marie s'inquiète en effet beaucoup de l'effondrement du Parti communiste. Cet affaiblissement ouvre, selon elle, « la voie à des revendications moins organisées et plus violentes ». Et de cette peur, le groupe d'ultra-gauche de Tarnac pourrait être un exemple concret.
Dans le cadre d'une politique sécuritaire à tout-va, les risques encourus par les usagers des trains associés aux impératifs économiques de la SNCF ont poussé le ministère de l'Intérieur à répondre vite et fort. Il existe pourtant une grande différence entre vitesse et précipitation, même pour ceux qui nous dirigent. Ainsi, les maigres preuves obtenues resteront des réponses partielles.
Un peu léger lorsque l'on pense que Julien Coupat est mis en examen pour « direction d’une entreprise terroriste et destructions en réunion à visée terroriste ». Une incrimination criminelle passible de 20 ans de prison.
Si vous souhaitez écrire à Julien Coupat, voici son adresse :
Julien COUPAT
N° d’écrou 290173
42 rue de la santé
75014 PARIS
N° d’écrou 290173
42 rue de la santé
75014 PARIS
Rassemblement vendredi 6 mars 2009 pour la libération de Julien Coupat.
Rendez-vous à 14H devant la chambre de l’instruction, esc A, au Tribunal de Grande Instance de Paris (M°cité).
Rendez-vous à 14H devant la chambre de l’instruction, esc A, au Tribunal de Grande Instance de Paris (M°cité).
Publicité